Nous avons tous une histoire. Beaucoup de personnes agissent comme s’ils étaient les seuls à avoir des problèmes mais oublient que nous avons tous vécu des choses, des événements, des choix que nous avons dû accomplir ou subir. Au final, ce sont tous ces éléments mis bout à bout qui définissent notre personnalité et par extension ce que nous sommes. Her Story, c’est l’histoire d’une jeune femme que vous allez tenter de découvrir. Une histoire pleine de secrets, de parts d’ombres, de joies, de peines. C’est avant tout son histoire.

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Lors de mon premier contact avec ce jeu, j’étais accompagné d’un ami à moitié ivre suite à la soirée anniversaire d’un site internet français. Il était minuit passé, mon hôte d’un soir a fait à manger (des pâtes à la sauce mexicaine hyper pimenté, c’était bon) car notre état d’ébriété nous avait donné faim. En me montrant sa bibliothèque Steam et les différents jeux qu’il s’était offert sans les avoir encore lancé, le curseur s’est déplacé vers Her Story. « J’ai entendu beaucoup de bien de ce jeu mais je n’ai jamais eu l’occasion de le faire. » Ni une, ni deux, il lança le jeu.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faudrait vous parler de l’homme derrière ce jeu : Sam Barlow. Concepteur de jeu vidéo britannique, Barlow s’est avant tout fait connaitre par le grand public lorsqu’il travaillait chez Climax Studios. Réalisateur et scénariste pour Silent Hill : Origins et Silent Hill : Shattered Memories, des épisodes spin-off de la série principale (cette dernière s’arrête au quatrième épisode intitulé The Room ; les suites n’étant plus réalisées par la Team Silent, l’équipe de développement japonaise à l’origine de la saga, mais confiés à différents studios occidentaux par l’éditeur – détenteur de la licence – à savoir Konami).

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Sam Barlow au calme devant un phare

Origins était un épisode développé pour la PSP qui a ensuite été porté sur PS2 comme bon nombre de productions. L’épisode est apprécié pour son respect de l’univers si particulier de la petite bourgade américaine (même si l’esthétique globale se rapproche beaucoup du film de Christophe Gans que beaucoup de fans n’apprécient pas tellement – perso j’ai adoré) et de son scénario offrant plus de profondeur au personnage d’Alessa ainsi qu’aux événements antécédent à Silent Hill sorti en 1999 sur PlayStation.
Shattered Memories, sorti en 2010 sur Wii, PS2 et PSP, est considéré comme le chef d’œuvre de Sam Barlow. Cette réécriture du premier épisode de la saga partage le même début mais l’intrigue et le gameplay de celui-ci volent complètement en éclats lorsqu’on avance un peu dans le jeu. C’est une déconstruction, une expérimentation qui vise à bousculer le joueur en ré-imaginant la narration d’un jeu vidéo. Après ce succès d’estime, Sam Barlow quitta Climax pour plancher en indépendant sur une nouvelle expérience partageant la même finalité que son dernier titre mais optant pour un autre gameplay : Her Story.

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L’écran de jeu, l’effet « écran cathodique » peut être enlevé dans les options

Le genre de jeu est assez difficile à cerner. De plus, aucune indication n’est donné telle quelle, il faut chercher les quelques infos et trouver empiriquement ce qu’on doit/peut faire. Le jeu s’ouvre sur le bureau d’un vieil ordinateur. Une fenêtre est ouverte. C’est le base de données de la police de Portsmouth où le mot clef « Murder » est inscrit sur la barre de recherche. On clique sur « rechercher » et quelques vignettes apparaissent où on y voit une femme répondre à un interrogatoire policier. Le personnage de la femme est interprétée par Viva Seifert, actrice et musicienne britannique, qui livre une prestation magnifique ; on y croît ! On progresse à tâtons en explorant un peu le bureau, en ouvrant les quelques fichiers textes présents pour en savoir un peu plus sur l’utilisation du logiciel : On comprends que l’enquête est sur la disparition d’un homme et que la femme interrogée est liée à cette affaire. Il faudra alors utiliser cette base de données pour entrer des mots clefs plus ou moins pertinents pour débloquer des extraits vidéos tirés des interrogatoires afin d’éclaircir cette histoire.

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La protagoniste

Ainsi, il faudra fouiller par nous même pour tout savoir sur cette histoire, de façon tout à fait déstructurée. La progression est tout sauf linéaire et il vous faudra de la jugeote pour remplir ce puzzle d’images. Le logiciel ne vous offre la possibilité de ne voir que les cinq premières vidéos d’un groupe de mots : si vous tapez « Simon » seulement cinq vidéos, classés dans l’ordre chronologique, seront visible alors qu’il existe plus de vidéos associés au mot  clef « Simon ». Il faudra alors affiner votre recherche en ajoutant un autre mot à la suite pour débloquer les autres vidéos. Pour faciliter vos recherches, vous pouvez utiliser des mots clefs personnalisés à associer à chaque vidéo et mettre quelques vidéo en « favoris » pour les revoir plus facilement dès que l’on pense trouver quelque chose de pertinent.  Toutefois, il va falloir – et c’est ce que je vous conseil de faire – sortir un crayon à papier et une feuille pour noter absolument tout ce que vous pensez être pertinent pour avancer dans votre enquête. Et là, l’immersion est totale : on se surprend à faire un arbre généalogique, à noter les dates, les noms des personnes mentionnées, les mots clefs que vous rechercherez plus tard et autres indices dissimilés parmi les clips vidéos.

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Il va falloir ruser sur les mots clefs, passer sur une autre piste lorsque qu’on bute sur un élément. Barlow prend le risque de dévoiler ses secrets très rapidement en optant par cette narration déstructurée et non linéaire : il n’en est rien.
Même après avoir terminé le jeu (en réalité, pour débloquer la fin du jeu il vous suffit de voir une vidéo en particulier sans que vous ayez tout vu. Or, il se peut qu’en plongeant dans l’enquête vous trouviez dès le début ou beaucoup plus tard la vidéo en question mais cela n’arrête pas le jeu pour autant) l’histoire de la jeune femme vous hantera bien après avoir quitté le jeu… Peu de jeux peuvent se vanter de posséder cet aura si particulière…

Her Story est une expérience particulière. Le jeu n’est certes pas parfait : l’ensemble du jeu est en anglais sous titré (activable dans les options) anglais et si on ne maitrise pas un peu la langue de 50 Cent on ne comprendra pas grand chose… maaaaaaais en même temps c’est aussi un bon moyen de réviser son anglais en fait ! Du coup c’est un défaut mais aussi une qualité, peut être que les plus anglophobes d’entre vous n’apprécieront pas le fait de chercher à résoudre l’énigme et d’avoir un dictionnaire Anglais/Français à proximité. Quoiqu’il en soit, le niveau de langue n’est pas très élevé. J’ai dû sortir le dictionnaire pour quelques mots mais dans l’ensemble c’est compréhensible malgré l’accent très british de Viva (ouais c’est devenue ma pote). Le jeu est plutôt accessible; en effet, il ne vous faudra pas plus de 3h pour débloquer la fin mais rien ne vous empêche de chercher à voir toutes les vidéos pour en savoir davantage sur le pourquoi du comment, le comment du pourquoi. Si vous pensez avoir eu le fin mot de l’histoire, vous pouvez à un moment du jeu, lorsque celui ci vous en donne la possibilité, dire que vous  en avez fini… et que vous comprenez… ou pas.

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Des éléments sont cachés, il faudra bien fouiller pour tout savoir

C’est assez compliqué de parler d’Her Story en évitant de spoiler à tout va. C’est justement le fait de ne rien savoir et de se lancer dans l’enquête qui permet d’apprécier pleinement ce jeu. L’évolution de ce qu’on ressent envers le personnage au fil de l’enquête est intéressant. De simple spectateur totalement externe on se prend à son histoire, on analyse les faits et gestes de la jeune femme, on lui pose indirectement des questions qui sont de plus en plus intimes, on veut fouiller son histoire pour comprendre ce qui s’est passé et pourquoi elle en est arrivée à se faire interrogée par la police… Il est aussi intéressant de noter que l’auteur à décider de ne pas inclure quelques vidéos afin de laisser quelques zones d’ombres pour laisser les joueurs interpréter les événements. De plus, les monologues (Viva ne répond pas seulement à des questions que les détectives) sont très bien écrits. Pour preuve, le jeu a remporté le Game Awards 2015 de la meilleure narration et c’est la sublime Viva Seifert (bon ok, j’avoue, je la kiff) qui vient récupérer la récompense de la part de Sam Barlow et glisser quelques mots de remerciements de sa part. Pourtant, lorsqu’on comprend l’histoire et la psychologie du personnage, il est alors inutile de parcourir les différents segments vidéo pour approfondir notre point de vue pour le peu qu’on ai exploré la bonne piste. Sa facilité et sa durée de vie somme toute relative ne permettra pas de revenir plusieurs fois sur le jeu après l’avoir fini… sauf si c’est pour le montrer et faire découvrir cet œuvre à un ami.

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Différent par sa forme et dans sa narration, l’histoire que propose Sam Barlow ne vous laissera peut être pas indifférent pour peu que vous jouez le jeu à décortiquer les éléments qui constitue l’histoire de la jeune femme. Il ne suffit pas de jouer à Her Story, il faut le vivre.

Her Story est disponible sur PC (Windows/Mac) et iOS.


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2 commentaires sur « HER STORY | FIVE SHADES OF GRIEF »

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