A une époque je vous aurais dit que jouer aux jeux en import japonais était l’apanage des darons, des kaisers du game, un privilège accordé aux héros, un nectar réservé aux vaillants, l’ambroisie des experts en kanji. Sauf que depuis, j’ai réfléchi, ça m’arrive parfois oui, et j’en suis arrivé à la conclusion suivante : quoi de plus gratifiant que de redonner un nouveau souffle à des amours oubliés ? Raviver une flamme émoussée, redorer la toison nostalgique, tel est mon but désormais. Mon but sur Merugezu cela va de soit, en vrai j’aimerai bien boucler la fin du mois, bref, chers lecteurs vous m’aurez compris.

    Dans cette démarche donc, il sera question aujourd’hui de Captain Rainbow.

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Si vous riez à Flight of the Conchords et restez placides face à Kev Adams, ce jeu d’action-aventure sorti sur Wii est fait pour vous. Kenichi Nishi, son concepteur, fonde Skip Ltd. avec une obsession pour l’humour décomplexée voire chelou. Il s’attelle depuis la sortie du Gamecube, à développer des jeux toujours plus hilarants, en commençant par Giftpia, une sorte d’Animal Crossing/Jet Set Radio. Il va poursuivre sur le notable Chibi-Robo, son seul jeu sorti en dehors du Japon. Puis son travail connaît une apothéose dans le discret Bakushow en Europe (Archime DS au Japon et LOL aux États-Unis, pas le film français ambiance bébé rockeurs hein…), et qui s’avère être le seul et unique simulateur de vannes de l’histoire du jeu vidéo, et dont le slogan était « Si vous trouvez ce jeu ennuyeux, c’est que vous l’êtes sûrement ».

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    Je vous ai dressé volontairement le background de Captain Rainbow mais si vous avez pas déjà décroché vous vous demandez quand diable vais-je rentrer dans le vif du sujet. Keep cool, ça arrive banlieue.

    OK, imaginez vous un jeu qui serait un mix façon smoothie du manga Gintama, d’Animal Crossing, d’Okami, de Viewtiful Joe, et qu’en plus de ça, on vous saupoudre le bail d’une ribambelle de personnages de l’univers Nintendo. On est d’accord que ça ferait un tarot bien crade au Paradis du Fruit ça, 40€ les 25cl, au bas mot. Mais franchement, ça donne pas envie, quand vous savez également que derrière tout ça on a le Vincent Lagaff’ nippon ?

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    Captain Rainbow se veut être un jeu inclassable, d’abord à cause de sa pléthore d’inspirations au niveau de l’univers qu’il dépeint, mais surtout grâce à son propos. On y joue un super-héros has been qui, en quête de son ancienne renommée, gagne une île mystérieuse où certains disent qu’on y exauce tous les vœux. (Previously… on ABC’s Lost)

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Pour parvenir à ses fins, le héros devra rendre divers services, sous la forme de mini-jeux (utilisants ou non les fonctionnalités de la Wii), aux habitants de l’île, venus eux aussi chercher bonheur. Parce que ouais, je l’ai pas encore dit, mais l’île est en fait une Croisière s’amuse estampillée Nintendo. Ainsi on y croise les figures les plus oubliables de la firme japonaise, qui non contents de rester des trophées foireux de Super Smash Bros, se baladent gaiement sur les plages. Ils font  d’ailleurs montre de tout leur pathétisme quand par exemple, Birdo se fait friendzoner par Captain Rainbow, ou que Little Mac, incapable de percer après une défaite face à Floyd Mayweather, demande au héros de le coacher.

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    Kenichi Nishi arrête des carrières pour de vrai, et Captain Rainbow lui a demandé de sortir sa plus belle plume et faire preuve de sa plus grande vivacité d’esprit.

    Captain Rainbow est un jeu drôle, mais n’oubliez pas qu’on est au Japon, et comme dans les haikus, on a droit ici aussi à une polysémie particulièrement recherchée. Le héros doit récolter des étoiles, symboles des espoirs des habitants de l’île, et il a le choix de les dépenser soit pour lui même, soit pour exaucer les souhaits du quidam. Mais le plaidoyer pour l’altruisme ne s’arrête pas là. Faire du bien aux autres revient à en faire à soi-même certes, mais au moment de faire le fameux choix, le jeu nous confronte à un boss de plus en plus coriace. Ce boss en question qui prend l’apparence d’une ombre, va exhorter le héros à dépenser les étoiles pour son compte, il cristallise les frustrations de Captain Rainbow, sa vanité, son égoïsme face aux appels à l’aide des moins bien nantis. On peut y voir ici une critique poussée de la société japonaise, où règne parfois un silence, un chantage mental, une omerta, notamment dans le monde de l’entreprise et dans les écoles. Nishi parvient via son œuvre à intégrer un humour noir engagé qui ne s’emmêle jamais les pinceaux dans les enjeux et les mises en forme d’un tel discours.

 

Outre le principal argument pamphlétique suggéré par la mission du héros, la présence des autres personnages et de leurs histoires respectives permet au jeu de dénoncer moultes tabous. Prenons Birdo, ayant raté sa vie de beurette Séphora depuis Doki Doki Panic sur NES,  elle cherche à tout prix à se caser, elle tente même le coup avec le héros. Son histoire évoque la difficulté pour une vieille fille, de surcroît japonaise, à se marier, et la poursuite de cette chimère romantique, rêvée par toute une génération de femmes. Le jeu est truffé de sous-histoires telles que celle-ci. Il faudra du temps pour les parcourir, les décrypter, parfois en rire parfois se questionner, mais toujours y voir autre chose que de l’humour potache, les considérer persienne d’une réflexion quasi-sociologique.

    Que des jeux intelligents sur Merugezu.

    Enfin la direction artistique du jeu oscille entre Gintama, le South Park japonais, et la mini-série Taka no Tsume, notamment pour l’humour. Inutile de préciser la présence de Hikarin au chara-design, car Pazou devrait avoir mis au moins un artwork illustrant la casse-couillerie de cet article. (Merci my man!)

    Comme je le dis souvent j’ai une sainte-horreur de la débilité quand bien même celle-ci semble nécessaire à certains esprits. Pourquoi ne pas considérer un objet de problématiques comme moyen de détente surtout si celui ci est proposé sous la forme d’un jeu vidéo drôle ?

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    Aussi je vous prie de voir dans mon écriture et mes choix de sujets un égard révérencieux.
Essayez Captain Rainbow, il est fait pour vous comme il l’a été pour moi.

    C’était encore une fois Gilgamesh au pupitre Merugezu, à très vite.

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